Sophie Divry, Rouvrir le roman

Et si un essai sur le roman, un livre qui réfléchit sur ce qui signifie écrire aujourd’hui, un livre qui décortique les injonctions tacites qui pèsent sur les écrivains, qui les exhibe, qui les remet en question pouvait aussi faire de nous des lecteurs plus joyeux, plus aventureux, plus joueurs ? C’est le projet ambitieux et réussi de Sophie Divry dans Rouvrir le roman

Rouvrir le roman est un essai de Sophie Divry, par ailleurs autrice de fictions avec désormais neuf romans publiés, parmi lesquels La Condition pavillonnaire, dans la veine de Flaubert et de Maupassant, Curiosity, ou les pérégrinations solitaires du rover martien du même nom à la surface de la planète rouge, ou encore Fantastique histoire d’amour, ce mélange extravagant et enthousiasmant de polar d’espionnage et d’histoire d’amour, nimbé de fantasy. Une écrivaine qui se renouvelle, qui se réinvente de roman en roman, et qui a éprouvé le besoin, il y a presque dix ans de cela, de se pencher sur la cuisine du roman.

Et c’est ce qui nous touche dans cet essai : pour Sophie Divry, les écrivains ne trempent pas leur plume dans une inspiration qui jaillirait dans la fièvre créatrice. Les écrivains sont des artisans, ils utilisent des techniques d’écriture (choix des voix, choix des temps de la narration, dialogues, etc.) et elle suggère qu’il pourrait être opportun de se pencher sur ce qui est au principe de leur écriture. Pour continuer à être au diapason de ce qui résonne à l’époque qui est la leur, ici et maintenant. Pour faire un exercice de lucidité, prendre conscience de déterminismes, d’injonctions non questionnées, dissimulées derrière le paravent de l’inspiration effusive, l’image du créateur démiurge.

Mais voilà, nous ne sommes pas tous alors, en quoi cet essai peut-il nous toucher en tant que lecteurs ? Nourrie de ses lectures, des réflexions théoriques d’auteurs tels que Denis Diderot, Marcel Proust, Elsa Morante, Nathalie Sarraute, Virginia Woolf ou encore Carlos Fuentes, Sophie Divry nous incite à mettre en mots ce qui nous touche, ce qui nous magnétise dans un roman, autrement dit à raffiner notre plaisir de lire. Et nous incite à aiguiser notre capacité à établir des distinctions entre des romans narcotiques qui nous confortent dans nos habitudes, qui nous endorment, et ceux qui nous poussent, qui nous font faire un pas de côté, qui nous changent, parce qu’ils sont écrits par des auteurs, qui eux-mêmes, renouvellent leur écriture, questionnent leurs outils, leurs techniques d’écriture. Pour défricher de nouvelles terres, y tracer des chemins de traverse. Pour que nos lectures soient toujours des aventures. De celles qui rouvrent nos horizons.


En invités pour ce second numéro : 

Jeanne Cherhal, Sarah Chiche, Cyril Pedrosa, Catherine Zittoun, Marina de Van, Laura Chomet, Lucie Anne Belgy.

Vous retrouvez nos rubriques : Littératures artificielles, Phonèmes, Paysage, Je vous écris, nos interviews de libraires indépendants, Écris vin ! On connaît la chanson et bien-sûr notre sélection de nouvelles inédites !

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