Roman sentimental, c’est ainsi que Dostoïevski qualifie Les nuits blanches, qu’il sous-titre « Souvenirs d’un rêveur » et qu’il écrit à 27 ans. Aujourd’hui, on appellerait ces cent petites pages une novella. Certes, il est question des mouvements du cœur du narrateur et de cette Nastienka qu’il rencontre la nuit sur un pont de St Petersbourg. C’est une intrigue romantique, le récit d’un amour impossible et inespéré qui rythme les quatre nuits blanches et une matinée de ce récit. Mais on y trouve aussi autre chose.
Les nuits blanches parlent avant tout du rapport au monde d’un solitaire irréductible qui, bien avant les héros de Camus ou Sartre, voit le monde à travers une sorte de vitre. La réalité lui échappe, les autres sont des étrangers, son isolement définitif.
Les nuits blanches de St Petersbourg sont ces nuits de juin où il ne fait jamais noir. Le jour se mélange à la nuit et donne une impression d’irréalité. Si les nuits sont blanches, c’est dans son regard qui vient réduire le monde à ce qu’il sent.
La jeune femme éplorée, à l’amour malheureux, a-t-elle seulement existé, ou n’est-elle qu’un fruit de son imagination ?
« Le rêveur, s’il faut le définir en détail, n’est pas un homme, mais, savez-vous ? une espèce de créature du genre neutre. Il gîte la plupart du temps dans un coin inaccessible, comme s’il s’y cachait de la lumière du jour, et, une fois retiré chez lui, il y est collé comme l’escargot, ou du moins il ressemble beaucoup, à cet égard, à ce curieux animal qui est à la fois animal et maison et qui s’appelle la tortue. »
Ce court roman est la chronique de cette étrangeté. À découvrir absolument avant de voir l’adaptation qu’en a faite Luchino Visconti (Le notti bianche – 1957) ou celle de Robert Bresson, Quatre nuits d’un rêveur (1971). Les nuits blanches – Fédor Dostoïevski – Folio – Gallimard – Traduction par Pierre Pascal.
