Lire, c’est jouer

Et voilà ! Volutes est de retour ! Pendant que ce numéro 2 prend son bâton de pèlerin pour trouver son chemin vers les tables des librairies, on voulait te parler, lecteur, d’un aspect de la revue qui nous tient à cœur : le rapport entre les textes et les images. De la relation d’amitié, d’enrichissement mutuel entre textes courts d’une part et poésies et photos, dessins, peintures, qui sont plus que des illustrations, qui sont comme les cailloux blancs, noirs multicolores d’un chemin de traverse que tu traces au gré de tes pérégrinations dans la revue ; des textes et des images qui sont autant de pièces d’un jeu de construction dont on te livre les pièces, mais dont tu auras, on l’espère, envie d’inventer la notice !

— Lire, c’est jouer ? Mais que me dis-tu là ? Quand je lis, un auteur me prend par la main et me fait oublier la réalité, c’est si bon de l’oublier, de se laisser aller ! Une bonne lecture, c’est un hamac, un mol oreiller. — Ami lecteur, je t’assure, nous, on t’invite à te révéiller. Et à jouer. À être un partenaire actif, à donner du sens, à décider. — Ce que vous me dites est insensé. — Ah oui, vraiment ? Et pourtant, le titre de la revue annonce la couleur, n’as-tu pas remarqué ? Des caractères bien trempés, bien plantés… et pourtant, entamés. Grignotés par un farceur ? Par une farceuse en réalité, notre directrice artistique, Laurence Freulat. — Oui, j’ai bien vu, mais pourquoi ce choix ? — C’est que, vois-tu, ce titre est aussi un logo, du texte et de l’image, tout à la fois — Oui, j’avais bien compris. Et donc ? — eh bien ! d’un côté, c’est du texte, normal, c’est le titre de la revue. Et en même temps, c’est un dessin qui en dit long de façon courte : dans le titre même de la revue, il y a du jeu, de l’espace en plus, des trous, des manques. Des blancs à combler par toi lecteur : Volutes, c’est un grand jeu de construction dont on te livre les pièces.

Quelques pièces de ce numéro 2 : le jeu du dialogue entre textes et images

Des textes courts, toujours, qui font, dans ce numéro 2, s’agiter les crayons d’artistes aussi talentueux que Cyril Pedrosa, qui illustre « Une expérience unique » de Laura Chomet, tout en tribulations tragicomiques, romantiques et numériques ; mais pas seulement : Cyril Pedrosa nous a en effet ouvert ses carnets de dessins, dont plusieurs accompagnent ce nouveau numéro : une nouveauté que l’on compte bien réitérer pour nos prochains numéros. Alfred, quant à lui, fait pétiller sa palette et son crayon dans la rubrique « Écris vins », où textes et images naissent de la dégustation d’une bouteille – cette fois, le château L’imprudence, ça tombe bien, c’est aussi le nom de notre maison d’édition.

Des photos de Julian Besson qui donnent une dimension inouïe à la femme fatale qui se réveille sous la plume d’Anne-Sophie Givry dans « Osmium ».

Enfin, une illustration de Valentin Gallet, source d’inspiration, tremplin de papier, pour la « Nature morte » de Frédéric Arnoux.

Ainsi coexistent différents scénarios, de rubriques en rubriques : des histoires qui suscitent des visions dans l’esprit des artistes ; a contrario, des dessins, des photos qui font naître des textes ; des séries de photos associées par nos soins avec des textes, photos et textes qui trouvent, dans ce voisinage, l’occasion de gagner en ampleur, d’exister autrement.

Un point commun à toutes ces déclinaisons : les images – photos, peintures, dessins – ne s’y réduisent pas à des illustrations des textes qu’elles accompagnent, elles en constituent un contrepoint, voire une interprétation graphique.

Entre ces images et ces textes, confrontés, associés, mis côte à côte ou face à face, s’ouvre un échange, se noue un dialogue : une rencontre précieuse d’une fécondité indéfinie, lorsque l’œil rebondit entre texte et image, dans un jeu de reflets qui n’en finissent pas de résonner, de se répondre, de se compléter.

Effets de ruptures et nouveaux horizons

Photos, peintures et dessins émaillent et ponctuent ainsi ce second numéro de Volutes : autant de contrepoints, de scansions ou d’ouvertures qui viennent aussi interrompre le flux du texte, de sa lecture, ce mouvement de balancier de gauche à droite et de haut en bas propre à cette activité, ce mouvement que tu pratiques de façon automatique, lecteur, comme tu respires, comme tu marches.

Dans ces coupures, il y a du jeu, du court-circuit, du non à l’hypnose de l’habitude, du disruptif : interrompre, c’est alors ouvrir une porte, un horizon, c’est permettre le pas de côté. Arrêter la lecture avec une image, une photo, un dessin, c’est produire un changement de braquet, de vitesse.

Car contrairement au texte, l’image s’embrasse dans la brièveté d’un regard. En un instant. Dans un mouvement qui la saisit complètement, là où la lecture s’inscrit dans le temps, quand bien même Volutes propose des textes courts, rapides à lire. Un contraste qui a cependant ses limites : l’image invite à une contemplation qui peut s’étaler dans le temps comme une lecture attentive et il reste du texte, une fois lu, une impression d’ensemble qui a l’immédiateté d’une image. Une conversation entre les mots et les images, des rencontres tout en contrastes qui affinent la richesse de leurs échanges.

On espère bien, lecteur, que tenté par la découverte de quelques-unes des pièces ici évoquées, tu auras envie d’ouvrir notre boîte de jeux.

Pour conclure : redevenir enfant

Lecteur, dans ce dialogue permanent au gré de ta navigation dans ces pages, dans ce jeu d’influences réciproques et créatives entre textes et images, tu as tout loisir de prendre ta place. Qui n’est pas celle d’un simple récepteur qui recevrait en partage textes et images. Non, ce que l’on te propose, c’est de retrouver, en t’emparant de ces briques de mots, de dessins et de couleurs, tout le potentiel créatif de l’enfance, son audace, son esprit d’aventure : un lecteur actif, qui trouve de la place dans les espaces qui se déploient entre textes et images. À toi de lire, à toi de voir !


En invités pour ce second numéro : 

Jeanne Cherhal, Sarah Chiche, Cyril Pedrosa, Catherine Zittoun, Marina de Van, Laura Chomet, Lucie Anne Belgy.

Vous retrouvez nos rubriques : Littératures artificielles, Phonèmes, Paysage, Je vous écris, nos interviews de libraires indépendants, Écris vin ! On connaît la chanson et bien-sûr notre sélection de nouvelles inédites !

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